Dans le cadre de notre Séminaire d’Etudes sur le développement des énergies renouvelables dans les milieux urbains de la région PACA, deux étudiantes de Synergie sont allées au Conseil Régional interviewer Madame Annick Delhaye, Vice présidente déléguée à l’écologie, à l’environnement et au développement durable.
L’écologie anime de nouveau la campagne électorale des élections régionales. La région PACA, depuis de nombreuses années, fait figure de proue dans la mise en place d’une politique économique, sociale et d’aménagement du territoire respectueuse de l’environnement.
Madame Annick Delhaye a eu la gentillesse de bien vouloir nous recevoir à l’Hôtel de Région de Marseille pour évoquer les principales lignes directrices du Conseil Régional en termes de politiques environnementales et leur concrétisation au niveau régional.
La Vice présidente déléguée à l’écologie, à l’environnement et au développement durable nous a, ensuite, donné son avis au sujet des projets d’envergure, en partie financés par la région, tel que le projet ITER de la recherche fondamentale sur la fusion thermonucléaire, à Cadarache, considéré comme une « victoire française » par les uns et une « aberration écologique » par les autres.
Marie Monier : « Tout d’abord Mme Delhaye, pouvez-vous nous évoquer, brièvement, les principales étapes de votre parcours politique ? »
Après avoir obtenu un Deug de Droit et un DUT en Gestion des Administrations, j’ai eu l’occasion, lors d’un voyage d’un an aux Etats-Unis puis de séjours au Brésil et en Algérie, de travailler dans l’agrumiculture. En France, j’ai travaillé 15 ans aux Assedics, puis j’ai été Conseillère Principale d’Education pendant près de 12 ans, même si je me suis progressivement détachée de l’Education Nationale. Depuis l’adolescence, j’ai su évoluer dans le milieu associatif. Depuis 1989, je suis restée fidèle au parti des Verts et je milite en faveur d’une écologie politique.
J’ai été conseillère municipale de la majorité et responsable de la délégation jeunesse pour la ville d’Aix-en-Provence entre 1989 et 199. Depuis 2004, je suis Vice présidente du Conseil Régional déléguée à l’écologie, à l’environnement et à l’aménagement durable, membre de la Commission Permanente, de la Commission Tourisme et de la Commission Initiale, Recherche.
Clarisse Ramonet : « Quels sont les enjeux soulevés par le Sommet de Copenhague ? »
Pour les écologistes, le Sommet de Copenhague est le « Sommet de la dernière chance » ! Des engagements forts sont nécessaires face à l’urgence climatique. Nous devons nous engager à réduire de façon draconienne nos émissions de CO2, car les échecs de l’ « après Kyoto » sont dus au manque de mesures coercitives.
Les changements climatiques posent le problème de leurs effets sur les populations (on estime à 250 millions le nombre de réfugiés climatiques en 2050), le problème de la biodiversité (la disparition ou mise en danger d’espèces animales et végétales, la montée des eaux, la modification de l’amplitude thermique), le problème des relations Nord/Sud qui implique un soutien des pays développés pour l’adaptation des pays en voie de développement
Nous continuons de soutenir et de réclamer la mise en œuvre réelle du paquet « climat – énergie » présenté par la Commission Européenne et adopté en décembre 2008. Son objectif, sur la base des chiffres de 1990, est celui des « trois fois 20 ». C'est-à-dire : - 20% des émissions de gaz à effet de serre ; + 20% en matière d’efficience énergétique ; +20% de l’utilisation des énergies renouvelables d’ici à 2020.
Marie Monier : « Quels sont les enjeux stratégiques et les axes de développement de la politique environnementale menés par la Région et quelles sont vos démarches « sur le terrain » en ce qui concerne les énergies renouvelables ? »
Depuis 2004, les Verts ont impulsé des politiques fortes vers la mutation écologique : sensibiliser à l’efficacité et à la sobriété énergétique ; responsabiliser ; stopper les gaspillages ; développer les énergies renouvelables. Au niveau éducatif, l’EEDD, (Education à l’Environnement pour un Développement Durable) a un rôle important qui consiste à former, à informer pour faire évoluer les comportements humains et les rapports de l’Homme avec son environnement.
Le 1er Sommet de la Terre qui s’est déroulé à Rio en 1992, nous a incité à lancer, en 2006, un Agenda 21 local. Lancé cette année, ce projet vise à rendre la région PACA exemplaire en matière de développement économique et développement durable, d’associer l’épanouissement de chacun avec une consommation responsable, de construire un territoire attractifs et solidaires tout en préservant les ressources naturelles.
Concrètement, la Région PACA, en termes de développement durable (auquel je préfère l’expression de soutenable et solidaire, c'est-à-dire une gestion responsable et équilibrée de nos environnements, des valeurs -solidarité active, priorité au collectif-, et une méthode, la démocratie active), nos principales actions se sont portées sur les secteurs de l’eau (Etude régionale S.O.U.R.C.E.) ; le bâtiment (PRIDES, PRIDES BDM et appel à projet « les quartiers durables ») ; la biodiversité (gestion et création de nouveaux parcs naturels régionaux) ; mais aussi, et surtout, l’énergie, avec pour programme phare : « A.G.I.R » (Action Globale Innovante pour la Région) car, avant même de penser aux énergies renouvelables et comment produire de l’énergie autrement, il faut apprendre à économiser celle qui nous reste pour l’instant !
Clarisse Ramonet : « Enfin, que pensez-vous du projet ITER ? »
Selon moi, c’est un projet qui demande beaucoup d’argent pour une recherche qui n’est pas sûre d’aboutir : 152 millions d’euros sur le projet global dont 55 millions pour l’école et 20 millions pour la machine. Par chance, avant les élections régionales de 2004, nous avons pu conclure un accord avec Michel Vauzelle, l’accord ALTER – ITER dont le principe est le suivant : 1euro pour ITER = 1euro pour la maitrise de l’énergie et des énergies renouvelables. Cet accord nous permet de bénéficier de 70 millions d’euros sur 4 ans pour l’action que nous menons grâce à notre programme AGIR.
Le combat des Verts pour une « écologisation » des politiques régionales ne fait que commencer. La Région doit permettre les coopérations entre les territoires, mais également intégrer pleinement les citoyens à cette nécessaire mutation au niveau économique, politique, territorial, social. Et cette implication « citoyenne » pâtit du peu d’intérêt que constituent les élections régionales au regard du fort taux d’abstention du premier tour.
Propos recueillis par Clarisse Ramonet et Marie Monier
Pour plus d’infos : http://www.regionpaca.fr , http://www.paca.lesverts.fr