Archives Novembre 2010

Miam-Miam, à déguster sans modération

24-11-2010

Miam-Miam, Edouard Baer

Et qu'est-ce qu'on a au menu?

Une scène vide. Puis deux acteurs qui s'improvisent entrepreneurs. Un client. Un deuxième client. Un théâtre qui se transforme en un restaurant à la mode. Pourquoi donc? La crise bien sûr! Pour rentabiliser l'espace (au rythme d'un spectateur par soir quelque peu narcoleptique, c'est nécessaire!) deux comédiens vont redistribuer les rôles. Seulement, pour donner l'eau à la bouche à un client pour le moins exigeant, il faut faire preuve d'imagination. Et faire confiance au hasard. Le lieu de représentation quotidienne devient lieu unique de dégustation atypique et les deux fusionnent alors pour jouer la comédie.

L'espace scénique est occupé dans sa totalité. Sous nos yeux les décors changent, rien n'est caché, tout est dévoilé. Jeux de langage et allusions se multiplient, on se demande alors où veut en venir la pièce. C'est la mise en scène elle-même qui répond à nos questions, devient illustrative et explicative. Le théâtre classique du Gymnase, ancien couvent, accueille à merveille cette pièce contemporaine. On aurait presque envie d'y rester cloitré..!

Une illusion comique à la Corneille? 

Toutes les formes de jeu se côtoient. Du théâtre dans le théâtre, c'est ce que la mise en scène d'Edouard Baer donne à voir. Les scènes s'emboitent dans de multiples tableaux A l'image du lieu, l'histoire est un mélange de genres. Le brio de la pièce consiste peut être en cette diversité: Les références vont d'Hugo à de Gaulle, rythmées par  un air de kalinka ou encore un morceau de guitare rock and roll. Sans oublier Papinou le cochon, un des personnages phares de la pièce! Même les marionnettes sont de la partie. Grâce à cette fusion des arts, la pièce revêt des airs de cirque, de chorégraphie, de comédies musicales et même de music hall. Le restaurant devient l'espace où la fusion des arts est possible. Surprenant? Oui, mais la mise en scène n'en perd pas pour autant sa crédibilité, car même si elle semble prendre des directions divergentes, tout se tient et fait sens. Novatrice, unique en son genre, même les costumes détonnent : du cuisinier au serveur jusqu'à la fraise et même la côte de bœuf, le mélange est surprenant, et réussi !

Loufoque, Edouard Baer joue sur la dérision des clichés français et des questions auxquelles est confrontée notre société (chauvinisme, politique d'immigration). Fort de son éloquence, il excelle dans l'art du monologue, alors que le jeu inimitable des autres acteurs comme Lionel Abelanski, Atmen Kelif, Philippe Duquesne, Diane Bonnot ou Alka Balbir, qui consiste en un débit de parole affolant, procure l'hilarité chez le spectateur qui en vient à oublier ce qu'on est entrain de lui dire.

Dans la salle, les éclats de rire se font écho et les spectateurs deviennent complices d'un jeu dans lequel ils sont pris à leur insu. Ils appartiennent à leur tour à cette population bigarrée, quelque peu loufoque aux airs des Monty Python, qui se posent les questions essentielles de notre époque. Les gais lurons n'engendrent pas la mélancolie et donnent un bon coup de fourchette là où le sujet est sensible.

Un petit creux? Allez voir Miam Miam, c'est tellement bon! Et vous ne resterez pas sur votre faim.

Jusqu’au 10 mars au théâtre Marigny-Robert Hossein, Paris-8e.). A l'affiche du prochain film de Marc Esposito, Mon pote et élu Parisien 2010 par les internautes du Figaro, Edouard Baer n'a pas fini de nous surprendre.

Florence Giroux

Vénus noire, l'histoire vraie de Saartjie Baartman.

24-11-2010

Vénus noire, l'histoire vraie de Saartjie Baartman.

Après les deux grands succès de L’Esquive  et La Graine et le Mulet, le réalisateur Abdellatif Kechiche, signe la Vénus noire. Ce film relate les cinq dernières années de la vie de Saartjie Baartman (1810-1815), jeune femme d’ethnie khoisan, originaire du Cap en Afrique du Sud.

Dès le début du film, le ton est donné: En 1817, dans l’enceinte de l'Académie Royale de Médecine, le naturaliste Georges Cuvier donne à un auditoire d’hommes une leçon d'anatomie en exposant les organes génitaux qu'il a détachés du cadavre de Saartjie Baartman. Le scientifique l'assimile à un singe : la structure du crâne est semblable à celle d’un orang-outan et ses fesses à celles des femelles des singes mandrills. En effet, à cette époque, il était de bon ton pour un scientifique de s'essayer à prouver l'infériorité de certaines ethnies.

En 1810, Saartjie Baartman quitte le Cap avec Caezar, son maître. Celui-ci lui laisse miroiter qu’elle peut devenir riche en Europe. Cette femme qui a trop confiance aux autres, le suit. La réalité qui l’attend est tout autre. La« Vénus Hottentote », nom donné à Saartjie Baartman est exhibée comme phénomène de foire dans les spectacles à Londres et à Paris et dans les salons libertins. Forcée à se prostituer, elle mourut de maladie en 1815.

Abdellatif Kechiche donne sa chance à une débutante, la Cubaine Yahima Torres. Cette actrice est remarquable dans le rôle de Saartjie Baartman qu'elle interprète telle une femme à la fois triste et silencieuse. La Vénus Noire parle d’exploitation, de racisme et de reconnaissance. Une reconnaissance tardive évoquée dans le générique de fin avec un reportage consacré à la dépouille de Saartjie Baartman. Ses restes (cerveau, organes génitaux, le moulage de son corps), exposés au Musée de l’Homme à Paris jusqu’en 1976, n’ont été rapatriés en Afrique du Sud qu’en 2002. 

La Vénus noire, film bouleversant qui ne peut laisser indifférent.

Pauline Maisterra

Jean-Michel Basquiat ou l'Underground Dream

23-11-2010

Portrait

12 août 1988. Basquiat meurt seul d'une overdose, dans son appartement à Soho. L'héroïmane laisse derrière lui quelques 1000 toiles et 2000 dessins. Retour sur le parcours aussi bref que fulgurant d'un virtuose du street art:  précoce, rebelle, maudit.

Au début des années 80, ère du reaganisme rigide et conservateur, New York connaît l'effervescence d'une mouvance artistique nouvelle. On la dit « underground » parce que, d'abord en sous–sol, elle permet à une scène jeune, créative et fauchée de s'exprimer librement. Dans un contexte généralisé de transgression sonore, visuelle et littéraire des graffs d'un genre nouveau s'installent sur les murs de Brooklyn. Signés SAMO - « same old shit » - ils interpellent, symboliques et contestataires, le chaland new–yorkais. Derrière ce blaze, Jean–Michel Basquiat, jeune afro rêveur né d'une mère d'origine porto-ricaine et d'un père haïtien, qui a décidé de quitter le cocon familial pour vivre de son art. Ventes de cartes postales dans la rue, rencontres et soirées au Mudd Club (lieu alternatif où se côtoient les figures émergentes de la « contre-culture ») révèlent progressivement l'artiste, seul ou accompagné de sa « team » (Al Diaz, et d'autres membres de son groupe de musique bruitiste Gray etc...). En témoigne un article paru le 11 décembre 1978 dans l'hebdo The Village Voice, premier à consacrer un papier aux graffitis SAMO.

Voitures, frigo, portes, fenêtres arrachés à l’espace urbain, tout est, selon lui, support à l'expression. Le rasta quitte le spray pour peindre ce qu'il croise chaque jour : avions, voitures, silhouettes humaines. Avant-gardiste, il sait s’inspirer de grands noms de la peinture classique (comme Picasso) pour créer ses propres codes, son propre langage artistique. Repéré par de nombreux collectionneurs et marchands, ses toiles passeront de 200 dollars à 14.6 millions de dollars pour Untitled vendu chez Sotheby’s, en 1981.

Porte-voix d’une certaine négritude, comme Senghor ou Césaire quelques années auparavant, il dépeint dans ses toiles la difficulté d’être noir, complainte d’une civilisation « brimée », quotidiennement soumise aux injustices.

En 1983 il rencontre Andy Warhol, véritable coup de cœur dans la vie comme sur la toile qui se concrétisera par la co–réalisation d’une quinzaine d'œuvres. La mort du pionnier du Pop Art quatre ans plus tard bouleverse le jeune artiste qui se réfugie dans la drogue. Abîmé, affaibli, Basquiat continue de peindre entre ses aller–retour à Haïti et ses tentatives de désintox. Un « man dies », cavalier de la mort, rôde désormais sur ses toiles. Signe avant coureur de la descente aux enfers ?

Rarement un artiste aura connu une ascension aussi rapide. Aux cotés de Charlie Parker et Ray Robinson, il fait désormais partie du panthéon des Noirs célèbres. Parti de rien, Basquiat est l’image d’une époque, celle d’un Underground dream new yorkais dans lequel poésie et révolte ont défié, à travers l’art, la condition humaine. 

Rétrospective au Musée d’Art Moderne de Paris, A voir aussi : The Radiant Child, de Tamra Davis

Larry Clark expose sans gêne et sans ados

23-11-2010

Larry Clark, exposition

Une première rétrospective du photographe et réalisateur Larry Clark, né en 1943 à Tulsa aux Etats-Unis, intitulée Kiss the past hello (« Dis bonjour au passé »), est organisée, en étroite collaboration avec l’artiste, au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (MAM), du 8 octobre 2010 au 2 janvier 2011. Cette exposition, qui vient d'être interdite aux moins de 18 ans par le Maire de PARIS, revient, à travers 200 œuvres, sur 50 ans de travail.

L’expression Kiss the past goodbye (« Fais table rase du passé ») sonne en écho au titre de l’exposition. Larry Clark revient sur sa vie passée, sur les difficultés de l’adolescence et du passage à l’âge adulte. La drogue, le sexe, la mort, la violence, l’amitié, sont les thèmes récurrents de l’exposition. En guise d’introduction, il met en avant les œuvres de sa mère, Frances Clark, dont il fut l’assistant, dès l’âge de quatorze ans. Viennent ensuite les photographies en noir et blanc de sa vie adolescente, issues de son portfolio Tulsa, paru en 1971. Ces photographies s’accompagnent de celles de ses 20 ans, tirées de son deuxième ouvrage : Teenage Lust, publié en 1983. Un peu plus loin on passe devant une série de photos où des jeunes gens épuisent obsessionnellement toutes les possibilités de poses. Puis on se rapproche d’un vaste cadre, rempli de lettres, vinyles, photographies. Une multitude d’objets sans orientation chronologique. Il appelle cela le punk Picasso. Enfin, dans la dernière salle, Larry Clark s'intéresse à Jonathan Velasquez, le skateur et rocker de la communauté latino-américaine du quartier défavorisé de South Central.

Avec environ 200 photos, l’artiste établit une sorte de documentaire sur la vie adolescente, ses doutes, ses angoisses. Est décrit le quotidien de jeunes gens qui se cherchent, tout en cherchant le plaisir. A la limite du voyeurisme, les photographies ne comportent aucun tabous, elles montrent les choses telles quelles. Aussi quelques unes peuvent déranger, choquer, en particulier une dizaine d’entre elles qui peuvent être considérées comme pornographiques et comporter un risque pénal. On peut y voir des toxicomanes procédant à des injections ou des scènes en lisière de la pornographie. Par exemple la fameuse scène morbide de masturbation-strangulation. Larry Clark aime à jouer avec les limites tout comme dans ses films, notamment Ken Park (1995), devenu culte, qui pour le coup dérange réellement, à la limite du glauque et de l’immoral. On pouvait s’attendre à plus de photos « trash » dans ces deux salles, finalement pas si grandes, qui composent l’exposition. Mais la Mairie de Paris a décidé l'interdiction aux moins de 18 ans. Une décision justifiée par le durcissement de la loi, depuis 2007. En effet il y a trois ans, une exposition de Larry Clark s’était tenue sans pour autant être interdite. Mais selon l'article 227-24 modifié du code pénal, le fait de, soit fabriquer, transporter ou diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, soit de faire commerce d'un tel message, constitue un délit qui est puni de trois ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende dès lors que ce message est susceptible d'être vu ou perçu par un mineur. Cette disposition n'exclut en rien de son champ d'application les œuvres artistiques ni les institutions culturelles Le directeur du MAM, Fabrice Hergott, lors de la matinale de France Inter du 3 octobre 2010, interrogé par Audrey Pulvar dans La Controverse de France Inter, s’explique. Bien que ne trouvant pas ces photos choquantes, ou à caractère pornographique, il s’agit selon lui d’une précaution pour ne pas que l’exposition se retrouve appauvrie. La dizaine de photographies concernée forme un tout avec le reste de l’exposition, mais comporte un risque pénal. M. Hergott avoue également une inadaptation de la loi pour l’art contemporain.

Larry Clark dérange, sensibilise, crache la vérité, photographie le vrai, ce qu’il voit, sans retouches, sans retenues. Mais les adolescents, pourtant thème principal de l’exposition, ne peuvent pas y participer. Ironie du sort ? on ne pourra pas savoir ce qu’ils en pensent…Dommage.

Bettina Maitrot

Rentrée littéraire : des livres, des prix

16-11-2010

Rentrée littéraire: des livres, des prix. Du bruit dans Landerneau, c'est sans doute ce qu'ont suscité, les Prix littéraires de cette année 2010. La saison a débuté le 21 octobre avec le prix du Grand Roman de l'Académie française et s'achèvera avec le Prix Interallié le 16 novembre prochain. Goncourt, Femina, Renaudot, … Récapitulons, livres ouverts, les grandes récompenses de cette rentrée littéraire.

Grand Prix du roman de l'Académie Française, 21 octobre: Nagazaki, d'Eric Faye (Stock), 3ème tour de scrutin, 9 voix contre 6 pour Maylis de Kérangal et Naissance d'un pont

Nippon 

Eric Faye, écrivain et journaliste pour l'agence Reuters, nous fait entrer dans l'intimité d'un quinquagénaire japonais qui s'aperçoit, en rentrant du travail, que plusieurs objets disparaissent régulièrement lorsqu'il s'absente; signes de la présence, en ses murs, d'une intruse qu'il tentera de démasquer en installant une caméra... En une centaine de pages, ce récit inspiré d'un fait divers, pénètre le quotidien d'un homme dépossédé dans son propre chez lui, respectant les codes de la culture nippone et révélant ceux plus universels du « je » et son rapport à l'Autre.

Prix Medicis, 3 novembre : Naissance d'un pont, de Maylis Kérangal (Verticales), 1er tour, à l'unanimité 

Suspendu

Coca, ville imaginaire californienne se fait la toile de fond de la construction d'un pont suspendu; seul moyen de désenclaver cette bourgade isolée, ses habitants, ses espaces. L'auteur, sur fond de milieu ouvrier, assemble, décolle, repositionne les pièces maîtresses de cette construction, du travailleur au patron. Réalité sociale mise en mot par une écriture en perpétuel chantier.

Prix Femina, 7 novembre : La vie est brève et le désir sans fin, de Patrick Lapeyre (P.O.L), 6ème tour de scrutin, 7 voix contre 6 pour Claude Arnaud, Qu'as–tu fais de tes frères ?

Tourmenté

L'histoire d'un trio amoureux, désirs et attente. L'enseignant, récompensé en 2004 pour son roman "L'homme–sœur", par le prix du Livre Inter, raconte la conquête tourmentée de deux hommes pour une femme. Le jury féminin a donc choisi de remarquer cette année, la souffrance masculine; celle d'hommes plus maladroits qu'ils ne le voudraient, plus aimants qu'ils ne l'avouent, plus fragiles qu'ils n'en paraissent.

Prix Renaudot : Apocalypse bébé, de Virginie Despentes (Grasset), 11e tour, à quatre voix contre trois pour Dolce Vita 1959-1979 de Simonette Greggio

Trash

On connaît sans aucun doute son premier roman, "Baise Moi", adapté au cinéma dans la provoc' et le scandale en 2000. Désormais, la sulfureuse obtient le Renaudot pour un thriller punk aux allures de road movie, qui signe la rencontre de deux femmes, l'une détective secrète bien rangée et l'autre, enquêteuse de terrain surnommée « La Hyène » qui partent à la recherche d'une gosse de riche fugueuse de Paris à Barcelone. Violent, engagé, fulgurant ce livre succède à King Kong Théorie, une autobiographie publiée en 2006 et déjà à succès (45 000 exemplaires).

Prix Goncourt : La carte et le territoire, de Michel Houellebecq (Flammarion)

Revanche

Autoportrait multifacettes d'un plasticien trentenaire (Jed Martin) et de Michel Houellebecq, écrivain solitaire et maniaco-dépressif, ce livre est sans doute l'œuvre d'un écrivain arrivé à maturité, qui nous donne avec sa mélancolie habituelle son bilan, cynique et ironique du monde. Loin des propos subversifs qu'on lui reconnait facilement, son récit marche bien. Réflexion en filigrane sur la dualité philosophique entre les deux concepts de "carte" et "territoire", sur l'espace et la liberté dans une société de plus en plus contraignante. Houellebecq y met un peu de lui même aussi. Avec un roman plus "lisse" que ses "Particules Elémentaires", il prend tout de même sa revanche, réussissant à recevoir un des plus prestigieux prix littéraires.

Marie Monier

A Bout Portant

15-11-2010

A Bout portant, le nouveau film de Fred Cavayé sortira le 1er décembre, quelques jours avant le remake américain de son premier film Pour Elle.

Dès son deuxième film, Fred Cavayé réussit à imposer son univers : thriller français réalisé à l’américaine, l’émotion ne verse pas dans la sensiblerie, ni la violence dans l’hémoglobine. Comme pour son premier film, ses personnages sont des gens ordinaires qui sont propulsés dans des situations extraordinaires.

Scène d’ouverture choc, scènes d’intimité sans indignité, Fred Cavayé sait ce qu’une introduction doit apporter.

Le réalisateur utilise l’ascenseur émotionnel à plusieurs reprises en passant des larmes au rire : juste après l’accident de moto, Samuel Pierret (Gilles Lellouche) demande à la gynécologue si elle est sûre qu’il va avoir une fille. La transition utilisée pour passer de la scène d’accident au cabinet de la gynécologue est simple mais efficace et maintient le suspense, les battements du cœur de la victime se font de plus en plus faibles et le rythme reprend avec le cœur du bébé.

Très peu de dialogues, beaucoup d’émotions : la colère lorsque la flic corrompue souffle la fumée de sa cigarette sur la femme enceinte, la compassion au moment où Samuel retrouve enfin sa femme et est arrêté alors qu’elle fait une hémorragie.

Fred Cavayé n’hésite pas à trahir le spectateur à deux reprises et ces scènes apportent tellement au film que nous le remercions pour ces trahisons. Elles permettent d’être encore plus proche de Samuel qui restera profondément humain malgré tout ce qu’il lui arrive.

Gilles Lellouche dévoile une palette d’émotions. La scène où il apprend l’enlèvement de sa femme est magnifiquement interprétée. L’acteur a réalisé toutes les cascades sauf le saut depuis la fenêtre. Ouvrez l’œil, cette scène comporte un angle de caméra plutôt rare.

Deux points négatifs : l’interprétation de Claire Pérot (l’ex Constance Weber de Mozart l’Opéra rock) laisse à désirer et Hugo Sartet (Roschdy Zem) est très en forme pour quelqu’un qui sort de l’hôpital.

A Bout portant  reste un film romantique au même titre que Ne le dis à personne.

Sortie le 1er décembre, réalisé par Fred Cavayé, avec Gilles Lellouche, Roschdy Zem. Synopsis : un aide-soignant se voit contraint d’obéir aux ravisseurs de sa femme pour la revoir vivante.

Bérangère Collin

L’échiquier de la Rose

05-11-2010

petits meurtres entre camarades

Il y a maintenant deux mois, se déroulait l’université d’été de La Rochelle. Cet événement qui marque la rentrée politique des socialistes était l’occasion pour le Parti de se montrer sous son plus beau jour.

Oubliées, les divisions, haines, intrigues… place au Parti Socialiste unifié et fraternel.

En un mot : il s’agit bien de faire bonne figure devant les militants.

 

Seul petit orage dans ce beau ciel rose : la sortie d’un livre à la veille du rassemblement.

« Une enquête secrète au cœur du PS » menée par un journaliste de « Libé »…

Un ouvrage qui confronte le Parti Socialiste à ses vieux démons.

 

L’auteur, David Renault d’Allonnes nous propose de revivre un passé socialiste encore tout chaud à travers le prisme de quatre personnages : Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn, Ségolène Royal et François Hollande. La période de référence s’étend de la nomination de Martine Aubry à la présidence du Parti Socialiste le 28 novembre 2008 à l’été 2010.

 

Ces quatre personnages sont les vedettes d’un même parti, qui doit choisir son candidat pour les élections présidentielles de 2012.

Chacun et chacune à sa propre carte à jouer et compte bien être le gagnant de cette lutte fratricide. « A la fin, il ne doit en rester qu’un, ou une. »

 

Ce livre nous offre une grille de lecture particulièrement perspicace, fort utile à qui s’intéresse à la vie politique de gauche.

L’on imagine un échiquier sur lequel cohabitent les différentes forces en présence du parti. Entre les quatre camarades, le passif est extrêmement lourd : des oppositions et des haines tenaces (l’inimitié réciproque entre Martine Aubry et François Hollande glace le sang), des arrangements tactiques conclus à l’abri des regards (le pacte de non-agression conclu entre DSK et Martine Aubry à Marrakech en 2008) ; ou encore des tentatives d’élimination ou de banalisation politique (le « tout sauf Ségolène »).

 

Dans ce jeu à somme nulle, chacun et chacune avancent petit à petit ses pions; avec pour ligne de mire l’automne 2011, qui annoncera la fin de la partie. Les primaires, ouvertes pour la première fois aux sympathisants de gauche, désigneront le héraut qui portera les couleurs socialistes.

 

De ce point de vue, l’année 2011 s’annonce passionnante.

Vous aimez les échecs ? Moi aussi

 

Benoit Lannoye

 

Biodiversité, ma richesse

04-11-2010

Biodiversité, mon trésor

A l’occasion de l’année de la biodiversité, la Provence se mobilise. La chapelle des Pénitents Blancs d’Aix en Provence, en association avec les Muséums d’Histoire Naturelle d’Aix en Provence, de Marseille et d’Avignon et l’Institut de Recherche pour le Développement, partenaire du site Sainte-Victoire, accueille l’exposition « Biodiversité, mon trésor », qui propose un parcours muséographique complet. Du 10 juillet au 1er novembre 2010, la cause majeure pour 2010 sera celle de chacun.

Quand on lit biodiversité, on pense écologie. Le lien existe. Mais, avant tout, et comme son nom l’indique, c’est la diversité biologique. A savoir le catalogue exhaustif des espèces vivantes qui peuplent la Terre. Les gènes et les différents écosystèmes sur la planète. Mais aussi les espèces sauvages et la Nature. Qu'est-ce qu'étudier la biodiversité? C’est chercher à comprendre les liens qui existent entre les espèces et leurs milieux de vie. Dur labeur. Surtout quand on doit ajouter à la liste les milieux artificiels, c'est-à-dire créés et modifiés par l’Homme.

Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que la biodiversité est indispensable à la survie de l'homme. C'est pourquoi elle est très protégée. A travers des diaporamas, photographies, audiovisuels, panneaux explicatifs et animations pédagogiques, l’exposition de la chapelle nous montre à quel point cette biodiversité est importante et omniprésente dans notre quotidien.

Certaines régions sont plus riches en espèces. C'est le cas de la Provence, qui compte  28 espaces naturels protégés. La Sainte-Victoire en fait partie. Elle est dotée d'une richesse biologique exceptionnelle que compose une très grande variété de milieux naturels. Un atout appréciable quand on sait que la biodiversité n’est pas également répartie sur la planète. Elément majeur du paysage aixois, notamment connue pour les œuvres du peintre Paul Cézanne, le site de la montagne Sainte-Victoire pris dans son ensemble possède une flore exceptionnelle de 900 plantes à fleurs soit 20 % de la flore française. Parmi la faune, on peut noter de nombreux insectes, 27 espèces de mammifères dont 9 chauves-souris, sangliers, lièvres, etc. et 126 espèces d’oiseaux dont 78 nicheurs. La montagne est classée zone de protection spéciale et a obtenu le label "Grand site de France" décerné par le ministère de l'Environnement en 2004. Un important réseau d'espaces naturels protégés, regroupant 27 partenaires, s'applique à conserver toutes les espèces de Provence qui abrite 50 à 86 % des espèces recensées en France métropolitaine.

Omniprésente et surtout indispensable. Car les hommes sont entièrement dépendants de la biodiversité. Ne serait-ce que pour se nourrir. Chaque jour, on puise dans la biodiversité, pour l’alimentation (le cacao), la santé (les médicaments à base de plantes), les déplacements (l’huile de colza envisagée pour remplacer le pétrole), etc.

Toute cette activité humaine au fil des siècles a eu un impact sur l’environnement. La biomasse – ensemble des ressources énergétiques de la planète, comme les arbres, le pétrole, le gaz, etc. – n’est pas inépuisable. C’est pourquoi la question des énergies renouvelables est au cœur de tous les débats, présents et futurs. Il faut donc trouver des solutions pour une gestion durable des ressources afin de préserver la biodiversité et l'ensemble des espèces terrestres.

Depuis le sommet mondial sur le climat de Copenhague, qui a eu lieu en décembre 2009, les conférences sur le sujet se succèdent. Récemment, celle de Cancun a une fois encore réuni les ministres et les chefs d’Etat de nombreux pays pour discuter du problème. Aucune d’elles n’a été pourtant concluante, et en attendant l’échéance des accords de Kyoto en 2013, on place tous les espoirs dans la dixième conférence de l'ONU sur la diversité biologique qui se tient à Nagoya (centre du Japon). Elle réunit pendant douze jours, et depuis le 18 octobre, les représentants des 193 pays signataires la convention sur la diversité biologique adoptée au Sommet de la Terre à Rio en 1992. Les délégués travaillent sur trois dossiers majeurs : fixer de nouvelles échéances pour parvenir à freiner la perte de biodiversité, trouver de nouvelles sources de financement pour aider les pays en développement à atteindre ce premier objectif, et enfin, boucler la négociation sur l'accès aux ressources génétiques et le partage des avantages liés à leur exploitation.

Avec des exemples très concrets, l'exposition incite à prendre conscience de la diversité du vivant, de ses splendeurs et de son rôle indispensable pour l'homme mais aussi de son extrême fragilité face à une exploitation irraisonnée des ressources naturelles. Aujourd'hui menacée de surexploitation. Et demain ?

 Laure Blanchelande et Florence Giroux

Informations pratiques : Exposition du 10 juillet au 1er novembre 2010 - Chapelle des Pénitents Blancs, rue du Maréchal Joffre, 13100 Aix en Provence. Ouvert tous les jours de 10h à 12h et de 13h à 17h- Entrée : 3,1€, gratuit pour les moins de 25 ans