5 semaines de folie ordinaire

« France Soir est une entreprise folle », c’est ce que m’a confié un journaliste chevronné de la rédaction. D’abord je n’ai pas compris, mais, après 5 semaines de stage, j’ai pu apprécier la pertinence de ce qualificatif.
Conférence de rédaction à 9h30. Préalablement, il a fallu le temps de lire le journal et les dépêches  de la nuit et du matin pour présenter les sujets, les préparer. À 10h30, le travail est réparti. L’objectif est alors de « concevoir » le futur papier. Ensuite trouver qui joindre pour faire une interview par téléphone, ou déterminer où et quand rencontrer une personne spécialisée, ou simplement des anonymes qui donneront leur point de vue. Puis derechef, préciser les questions à poser, de façon à cerner le propos et donc être bien renseigné.
Bref à midi passé, la structure du reportage se dessine, on attend que les interlocuteurs rappellent, ou alors on est sur « le terrain » à la recherche de badauds. À 15h dans le meilleur des cas, on a rassemblé toutes les informations. Il reste 2 heures pour rédiger.
Parfois l’imprévu fait qu’on peut rester désoeuvré une partie de la journée et que ce soit justement à 16h qu’une dépêche tombe. Alors il faut tout reprendre, recommencer, au pas de course car à 18h, le couperet tombe : tous les articles doivent êtres partis à la correction.
18h30-19h, on passe notre temps entre la salle de montage et le fil de l’AFP pour  ajouter ou corriger un élément de dernière minute. L’actualité ne s’arrête jamais.
Les metteurs en page commencent leur patchwork énorme à partir du « chemin de fer » (dessin représentant les pages du journal et tous les éléments prévus dans chacune) conçu par le rédacteur en chef et adjoints après la conférence de rédaction le matin.
En tant que journaliste, notre labeur est terminé, mais on doit suivre la construction de la page pour s’adapter aux contraintes des marges, de nouvelles etc. Par conséquent et surtout quand on travaille sur un dossier en double page, tout ne se termine que vers 20h-20h15 : la première mouture du journal doit partir à l’imprimerie à 20h30 !
Et le lendemain bis repetita.
Un travail éprouvant mais captivant. Dés le début, j’ai eu de quoi faire. J’ai dû me renseigner, courir derrière les faits, les contacts, les informations. M’interroger sur le meilleur angle, et prendre la position du lecteur. J’ai eu l’impression que rien n’était jamais assez bien et que tout devait être toujours amélioré. Je me suis échinée à rechercher le mot « juste » pour tout dire simplement : une exigence qui est  le cœur même de la composition d’un article.
Mais au bout du compte à rebours, il y a un réel bonheur à voir son papier publié, même s’il ne s’agit que d’un petit feuillet.

Isabelle Couillens

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