Paralysée par la crise qui touche la Grèce de plein fouet, la ville d’Athènes est aujourd’hui la capitale asphyxiée d’un pays à l’arrêt. Jadis poumon économique, elle est désormais le centre de toutes les révoltes, générées par des mesures d’austérité aussi violentes que récurrentes. Ballade dans une cité meurtrie, mais déterminée à se relever rapidement…

Un centre mondial… de la crise
Qu’il semble bien loin le temps où Athènes focalisait l’attention des caméras du monde entier, attirant les visiteurs par milliers. Et pourtant, sept années tout juste se sont écoulées depuis le fabuleux été grec de 2004, la victoire –à la surprise générale– à l’Euro de football, puis l’accueil en grande pompe des Jeux Olympiques, pour un retour sur la terre de ses origines. Un stade flambant neuf et des dépenses pharaoniques pour devenir, l’espace de quinze jours, le centre du monde. Une période où les banques grecques prêtaient encore de l’argent, où les touristes se massaient au pied du Parthénon : une époque révolue.
Aujourd’hui encore, les soirs de matches, le Stade
olympique résonne de cris. Des cris de colère, des chants hostiles à un
gouvernement qui multiplie les coupes budgétaires et rogne sur toutes les
dépenses, provoquant la haine du peuple qui découvre une crise à laquelle il a
longtemps crû pouvoir échapper. En écho aux gigantesques manifestations des 19
et 20 octobre (plus de 120000 manifestants, un mort), les supporters du club de
football du Panathinaïkos –l’un des deux principaux clubs de football de la
ville– déployaient deux jours plus tard une banderole avertissant, en termes
crus, que « la politique du gouvernement sera coulée par la colère du
peuple ». Une phrase, comme une nouvelle devise. Athènes est désormais ainsi,
obnubilée sur tous les terrains par la politique d’un gouvernement aux abois.
Dans tous les esprits, la crise.
L’économie souterraine et le système de la débrouille
Dans chacun des quartiers de la cité antique, il est en effet impossible d’échapper à cette vision apocalyptique d’une ville désœuvrée, fonctionnant au ralenti. Quand elles n’ont pas déjà baissé le rideau, nombre de boutiques affiche une fréquentation proche du néant. Sur les vitrines, les réductions sont placardées, comme en période de solde. Sauf qu’aujourd’hui, il n’est plus question de faire des profits, simplement d’échapper au dépôt de bilan en évitant les invendus.
Les raisons sont simples. L’augmentation du chômage, la baisse des revenus, la hausse des impôts mais aussi la raréfaction des touristes, désormais peu nombreux à se risquer dans une capitale quadrillée par la police et régulièrement paralysée par les manifestations. Entre résignation et envie d’en découdre, les Grecs utilisent toutes les options qui s’offrent à eux pour vivre décemment.
A lui seul, le marché aux puces qui prend ses aises
au cœur du quartier Kéramikos symbolise cette contradiction, entre détresse et
dynamisme d’un peuple bien déterminé à se battre –quoi qu’il arrive– jusqu’à
son dernier souffle.
Autour des allées qui séparent les rues Ermou et Piréos,
des centaines de vendeurs présentent leur étal dans cette fourmilière
grouillant d’activité. Sur ce marché improvisé aux dimensions hors-normes, on
peut trouver de tout, des classiques livres anciens aux montres et chaussures
de marques… Car là est le mal de la Grèce : depuis longtemps minées par
une économie souterraine importante (20 à 25% du PIB1), les finances
du pays sont largement handicapées par ces flux de marchandises qui échappent à
tout contrôle des douanes. Et les nombreuses mesures radicales adoptées,
ajoutées à l’urgence de la situation, depuis le début de la crise ne sont pas
là pour encourager à la fin de ces pratiques.
Algérien, tout juste 25 ans et installé depuis 16 mois à Athènes, Sid-Ahmed fait partie de ces vendeurs à la sauvette. Dans un français approximatif, il témoigne : « la situation est de plus en plus dure. Mon père et mon frère sont en France, à Barbès. C’est plus facile pour eux. Ici, les gens n’ont pas d’argent, et puis il y a la police… (Il ouvre son sac) On fait chacun nos affaires, tout n’est pas légal. Ici, il faut juste trouver de quoi survivre ». Mais aujourd’hui, même ses contrefaçons ne trouvent plus preneurs ; la Grèce, et plus encore Athènes, est vide de touristes.
Des touristes absents, un
moral en berne
Et cela se voit clairement dans les lieux les plus fréquentés de la capitale, tels que l’Agora, la place Monastiraki, ou même l’Acropole –pensez donc qu’avec un peu de patience, à la mi-journée, il est encore possible de prendre une photo du Parthénon sans trace du moindre visiteur (!)–.
Au cimetière du Céramique, si le constat semble évident, on se défend pourtant d’un bilan négatif. Sur le site, au milieu des ruines antiques, les tortues sont presque plus nombreuses que les visiteurs à déambuler dans les allées. Et pourtant, à l’entrée, deux employées s’obstinent à régurgiter un discours qui semble bien peu en accord avec la réalité. « La fréquentation du site, comme celle des autres lieux touristiques d’Athènes, n’a pas connu de réelle baisse de fréquentation depuis le début de la crise », clame-t-on haut et fort. Peu vraisemblable, mais également invérifiable, faute de chiffres à l’appui.
A demi-voix, mais sans aucune langue de bois, une toute autre réalité est avouée. Elles poursuivent : « aujourd’hui, la vie de tous les jours est devenue plus difficile… On gagne moitié moins qu’avant. Entre la hausse des taxes et les baisse des salaires successives décidées par le gouvernement, nos revenus sont inférieurs de 50% par rapport à ce que l’on touchait avant la crise ». Le chiffre est lancé mais, si leur situation personnelle s’est largement dégradée, les deux fonctionnaires mesurent aussi leur chance. Celle-ci se résume en un seul mot : l’emploi. « Ce qui a changé, ce sont les embauches. Si vous cherchez du boulot, surtout si vous êtes nouveau sur le marché du travail, c’est très difficile ».

Car la crise est partout. Dans le centre
touristique, les échoppes de souvenirs bradent leurs prix. Tous les chantiers
sont à l’arrêt. Même les fast-foods se sont vus contraints de solder leurs
repas, condition sine qua non pour conserver leur clientèle. Et, plus encore,
dès que l’on sort du centre, les ordures s’accumulent dans les rues, s’étalant
sur les trottoirs et le bitume…
Même sur le littoral, le port du Pirée –que l’on imagine habituellement immense et bondé– sonne creux. A deux pas des yachts de luxe, des sans-abri ont improvisé une cabane en carton, faute de mieux. Plus qu’ailleurs, le différentiel est criant et le paradoxe est flagrant. Alors qu’au large les cargos attendent patiemment leur tour et que les employés des compagnies maritimes sont licenciés à tour de bras, une poignée d’armateurs conservent leurs privilèges (aucune taxe sur les bénéfices, pas de hausse d’impôts2). Incompréhensible pour beaucoup, une raison de plus de défiler pour d’autres.
Des manifestations récurrentes, une colère qui ne s’apaise pas
Depuis le début de la contestation, la place Syndagma, face au Parlement grec, est devenu un lieu symbolique. Les stigmates des manifestations précédentes sont toujours visibles : vitres détruites à coups de pierre, bureau de poste incendié…
Le défilé
du 28 octobre organisé pour célébrer la fête nationale grecque ne pouvait, dans
ce contexte, pas dégénérer. Alors qu’à Thessalonique, le président de la
République était pris à parti par la foule, c’est aux cris d’« A bas
‘‘petit Georges’’! », (surnom qui n’avait déjà plus rien d’amical pour le
désormais ex-chef du gouvernement Georgios Papandréou) que le public se massait
devant le Parlement. Car, alors que l’Eurogroupe –sous la tutelle du duo
Merkel-Sarkozy– négociait un effacement de 50% de la dette grecque, le Premier
ministre était considéré par ses concitoyens comme incapable de faire entendre
la voix du peuple qui l’avait élu.
Face à l’important dispositif policier et militaire déployé, les insultes fusent. La colère est trop forte, impossible à contenir. Certains s’emballent, tentent un coup de force, avant d’être rapidement emmenés par des hommes en armes. D’autres, au passage de gradés, expriment toute leur haine de la politique menée, leur ras-le-bol descoupes budgétaires : ils en ont marre de payer pour une crise qui n’est pas la leur. Il leur faut passer à autre chose… A force de manifestations peut-être, à force de pressions politiques sûrement, ils auront finalement réussi –ce 11 novembre 2011– à obtenir le départ de Georges Papandréou. Sans pour autant avoir l’assurance d’une relâche de l’étreinte sur leur porte-monnaie. Mais c’est déjà, pour eux, une première victoire !


La France serait, paraît-il, la prochaine sur la liste des agences de notation. Sa note souveraine AAA menacée, elle pourrait rapidement faire son entrée dans le cercle fermé (Grèce, Irlande, Portugal, Italie) des pays touchés de plein fouet par cette crise de l’euroet fait tomber un à un les gouvernements ! Vous prendrez bien une petite coupe pour fêter cela ? Une coupe budgétaire, évidemment…
Sylvain Moreau
1 - source : Le Monde.
2 - source : Envoyé Spécial, France 2.
La ville de Châteaulin est un bien triste endroit. Enfoui dans un trou sombre, coincé entre deux collines, le village finistérien abrite une vie déclinante. C’est à Châteaulin que la petite rédaction du Ouest France écrit sa page quotidienne de fait divers, reportages de terrain et interviews. Mais que peut-t-il bien s’y passer? Il y a des histoires d’agriculteurs, accusés de répandre leur lisier, cause du débarquement estival d’algues vertes sur les plages du Porzay. Il y aussi quelques courageux entrepreneurs qui décident de s’implanter dans une des rues sombres du bourg.
Le spectre de la page blanche
Être journaliste à Châteaulin, c’est faire preuve d’imagination, avoir des qualités relationnelles et un bon sens de l’organisation. Une peur panique submerge le nouvel arrivant, le spectre de la page blanche vole au-dessus de sa tête.
Ici, on travaille l’humain. Le Châteaulinois se méfit des curieux, des questions et surtout des questions journalistiques. Pour le journaliste, le sourire et l’air naïf sont des atouts.
L’Aulne, source inépuisable de sujets
Heureusement, il y a l’Aulne. Ce cours d’eau est appelé familièrement « canal » par les riverains. Il apporte son lot de faits d’hivers, fait couler l’ancre des bateaux, et celle des journalistes. Sujette à des crues spectaculaires en cas de forte pluie, le journaliste en initiation peut aussi s’en server pour confectionner quelques brèves sur les aléas du niveau de l’eau.
Quand l’Aulne ne déborde pas, un tour en ville, en quête d’animation, peut toujours combler un trou. Les hommes en jaunes de la DDE entretiennent les bâtiments de la mairie, passent au karcher le monument aux morts ou enlèvent les décorations de Noël. Ils sont des alliés non négligeables en cas de calme plat dans l’actualité.
Le canal sépare la ville de Châteaulin en deux parties. Rive droite, le Ouest France campe sur la place. Face à la rédaction : le « Dis moi tu », café repère, servant aussi de lieu de pêche aux infos. Rive gauche, le Télégramme. Les deux concurrents, soldats de papiers, se regardent, se jaugent, se surveillent, se fustigent ou se félicitent, c’est selon.
Christelle Dameron