Voyage en Orient: De Pierre Loti à Nan Goldin, Collection Lambert

18-11-2011

voyage en orient

La galerie d'Art du Conseil Général des Bouches du Rhône propose une exposition qui superpose des regards sur l’Orient. Un voyage dans le temps au travers des perceptions multiples des artistes exposés.

Exposition minimale en terme d’espace, (en effet, la gallerie ne comprend que trois salles), mais riche de toiles, d’objets insolites à l’œil occidental et d’autres réjouissances inédites.

Les photographies de Pierre Loti entament ce voyage. L’écrivain-aventurier s’amuse ici à se déguiser, soit en officier de marine, soit en Ramsès II. Il semble explorer l’Orient avec fantaisie, humour, mais toujours par le filtre de l’art. Autour des extraits de ce journal de bord photographique, se succèdent des portraits et des représentations diverses de rues du Caire et autres lieux mythiques. Le regard est ensuite happé par l’œuvre d’Idris Khan, Holy Quran (2004). Cette représentation, grandeur nature, de ce que l’on suppose être un texte saint, flouté, en noir et blanc, ressemble à une partition musicale indéchiffrable mais intrigante. Incompréhension et fascination, c’est un peu le double mouvement auquel le visiteur est confronté en explorant la sensibilité orientale.

L’accumulation d’accessoires ottomans, contrats de mariages manuscrits, gourdes de pèlerins, armes faites d’ivoire ou de laiton, présente un intérêt essentiellement historique. Cette exploration studieuse, presque à la loupe, se voit contrebalancée par la projection surprenante, alternative, d’un court métrage de Tacita Dean (1996). Des femmes vont et viennent dans une piscine municipale, quasiment nues, elle font leurs exercices, elle plaisantent. L’effet de répétition interroge, le spectateur regarde le film tourner en boucle, et finit par s’habituer à la nudité, imparfaite, des baigneuses ; il rentre dans la transe conviviale de ce moment en société.

Une vision plus statique est proposée dans la dernière salle, qui présente de nouvelles œuvres figées. C’est la salle la plus spectaculaire : elle accueille en son centre un lit de harem, lequel accueille dans sa cage un kaftan bleu traditionnel, et quelques pierres précieuses, Le loukoum d’Azyadée. Une aura quasi sacrée se dégage de l’installation.

Cette salle constitue le vrai voyage que le visiteur est venu accomplir en franchissant la porte de la galerie. L’armature du lit ressemble à une immense et majestueuse cage aux oiseaux. Le caractère poétique de la scénographie s’impose. Derrière, se tient une toile d’Adolphe Déchenaux, « La Toilette de la Sultane » (1896), un nu remarquable, qui reprend plus ou moins le même schéma figuratif que L’Olympia de Manet (1863). Enfin, un pan de mur est consacré à trois photographies de Nan Goldin, nées de son voyage en Egypte.

De nombreuses autres œuvres, aussi différentes qu’étonnantes, jonchent cette exposition disparate. C’est un voyage esthétisant, éclectique, bien que succinct.

Un voyage en Orient, express, mais transversal. L’Orient n’a pas fini de fasciner les artistes occidentaux. Les Lettres Persanes ont éveillé au XVIII siècle un attrait pour l’Orient, qui, on le voit, ne s’est pas essoufflé.

 

Nathalie Troquereau

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