16-12-2011
Quand l’histoire du « gang des Barbares » est racontée en roman
« Elle comprit que Yassef était dans le coup ». Yassef n’était pas seulement dans le coup, il en était l’instigateur. Et Yassef, c’est Youssouf Fofana, le chef du « gang des barbares » qui a fait l’actualité en 2006. Le 13 février 2006, un jeune homme est retrouvé errant nu et agonisant au bord d’une voie de chemin de fer. Il décède lors de son transport à l’hôpital. Il s’appelait Ilan Halimi et son décès allait émouvoir la France. Enlevé trois semaines auparavant, il a été séquestré et torturé par une bande de jeunes originaire d’un quartier de la banlieue parisienne. Son enlèvement est presque le fruit du hasard. La bande de Youssouf l’enlève parce qu’il est juif. Et dans leur pensée, les Juifs ont de l’argent.
La course après l’argent rapide, c’est ce qui va amener le « gang des barbares » à commettre un certain nombre de délits, jusqu’à en arriver à l’enlèvement d’Ilan. Certains alternent les petits boulots, d’autres sont chômeurs, d’autres encore sont mineurs au moment des faits. Mais ils ont tous un point commun : ils sont ou ont été en échec scolaire. Ils regroupent tous les clichés que l’on peut se faire des jeunes de banlieue.
Morgan Sportès relate l’histoire du gang, des petits larcins aux délits les plus graves, et termine avec l’enlèvement d’Elie (nom donné par l’auteur à Ilan). On tente de comprendre les « motivations » de ces jeunes hommes. Pourquoi l’enlèvement ? Le gang n’en est pas à sa première tentative. Un petit nombre de personnes a échappé au sort d’Elie. Tous ont été appâté de la même manière : par une jeune fille provocante. C’est Zelda qui servira d’appât dans le rapt d’Elie/Ilan. Certains ont échappé à ce sort parce qu’ils ont écouté leur intuition, d’autres parce qu’ils étaient plus costauds, d’autres encore parce que des membres du gang se sont dégonflés au dernier moment.
L’auteur révèle dans son ouvrage des informations jusqu’alors inconnues du grand public : Elie/Ilan était sous l’emprise de stupéfiants lors de son enlèvement. C’est sans doute la raison pour laquelle il n’a pu se défendre.
27 personnes ont été jugées dans cette affaire, cela fait donc un grand nombre de protagonistes à retrouver dans l’ouvrage. Il faut alors s’armer de patience pour se souvenir de tous les noms, qui plus est ont été modifiés par l’auteur. Il faut aussi rajouter leur surnom, ils en ont tous un et la plupart n’a aucun rapport avec leur nom d’état civil. Mais la plume de Morgan Sportes est efficace, on en oublie très vite qu’il s’agit d’une histoire vraie. On se prend au jeu de l’histoire, on croise les doigts pour qu’Elie s’en sorte. Et l’auteur réalise un grand coup quand il arrive à nous faire prendre en pitié certains membres du gang, les rendant plus humains qu’on n’aurait pu le penser. Car il ne faut pas l’oublier, si Youssouf Fofana est un être froid, manipulateur et calculateur, il est aussi un caïd, un caïd des banlieues. Et dans leur cité, c’est la peur qui prime. Chacun des protagonistes a peur de l’un d’entre eux, plus puissant. Youssouf/Yacef lui-même a peur, il a promis de l’argent à des plus costauds que lui. Il perd vite ses moyens, en atteste son bégaiement, relaté par tous les protagonistes. Certains ne se rendent pas compte de ce qu’ils ont fait, prenant ça pour un jeu. D’autres encore ne savent même pas ce qui se trame, croyant simplement surveiller une livraison de drogue. Et il y a ceux qui pensent que le « colis » est un dealer qui doit de l’argent à leur chef, et donc que l’enlèvement est légitime.
La plupart des responsables sont musulmans mais à aucun moment la religion ne rentre en compte. Elie n’a pas été tué parce qu’il était Juif, il a été tué parce qu’il devenait encombrant. Sa judéité, c’était l’argent. Et quand Youssouf/Yacef a compris qu’il n’obtiendrait pas sa rançon, il s’est débarrassé de lui. Lors de la 1e audience de son procès, lorsque la juge lui demandera de se présenter, Youssouf dira être né le 13 février 2006 à Sainte-Geneviève-des Bois. Date et lieu où Ilan Halimi a perdu la vie.
Ne subsiste qu’un regret à la lecture de l’ouvrage : Morgan Sportès ne retrace pas le déroulement du procès, laissant le lecteur sur l’horreur des derniers interrogatoires des membres du « gang ».
Mélanie Poquet