Preljocaj dans le texte

26-11-2009

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Le Funambule est la dernière œuvre, présentée à Aix en Provence, du chorégraphe très créatif qu’est Angelin Preljocaj. 
C'est en 1996 que la compagnie Preljocaj fondée en 1984 arrive en 1996 dans la cité du Roy René et devient Ballet Preljocaj. Dix ans plus tard, la compagnie investit le Pavillon Noir, grande structure conçue par l’architecte Rudi Ricciotti : il s’agit du premier centre construit pour accueillir les danseurs et leur permettre de mener à bien en intégralité le processus de création, du travail en studio à la représentation sur scène. Le Ballet Preljocaj est le premier centre chorégraphique à bénéficier d’un tel espace.
Le bâtiment abrite une scène de 17m sur 14,5m. Elle accueille tout au long de l’année de nombreux spectacles : d’autres compagnies en effet sont en permanence invitées. 
En 2008, Angelin Preljocaj avait monté le ballet Blanche-Neige. Immense pièce pour 26 danseurs, directement inspiré de la version du conte des frère Grimm. Un spectacle surprenant mêlant féérie et ardeur. La musique choisie dans le répertoire classique renforçait la dimension merveilleuse. C’était un spectacle magique, avec une mise en scène sophistiquée, dans le rendu, dans les couleurs, jusque dans les costumes conçus par Jean-Paul Gaultier. 
L’année 2009 voit une nouvelle production et c’est une toute autre direction qu’explore Angelin Preljocaj, dans Le Funambule, inspiré de l’œuvre de l’écrivain, poète et auteur dramatique Jean Genet. Le texte a été rédigé en 1958 pour Abdallah Bentaga, l’amant de l’auteur qui était funambule professionnel, et se suicidera en 1964, à 28 ans. Il s’agit d’un long poème d’amour empreint de références à la mort et aussi à l’Art. L’un des écrits les plus justes sur la danse, selon lui, -l’équivalent des Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke pour un écrivain. Livre que Preljocaj lisait lorsqu’il étudiait la danse à la Schola Cantum avec Karin Waehner. Une œuvre qu’il n’a jamais abandonnée, sur laquelle il revient souvent. Car elle parle de l’engagement artistique avec une syntaxe complexe qui organise une pensée sur la mort, l’effacement, la mise en danger personnelle, physique, totale.

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L’idée de concevoir un spectacle avec lui-même comme interprète en solo était pour Angelin Preljocaj un projet de longue date ; une sorte d’autoportrait qui confronte le chorégraphe à l’écrit, une entreprise très novatrice. A laquelle il s’invite avec l’excitation d’être seul face à la création et à l’interprétation.
Un seul interprète, donc, qui danse et dit le texte de Jean Genet d’un bout à l’autre comme si le mouvement prolongeait le mot et comme si le point final d’une phrase était le premier d’une danse, tout doit être relié. Ce n’est ni un ballet, ni une pièce de théâtre, en contraste avec sa précédente composition : caractère dépouillé de la mise en scène, pas de costume spectaculaire, peu de décor, passages sans musique  où seul la voix de l’artiste retentit.
Il est donc seul face à feu Jean Genet et se donne carte blanche pour interpréter avec sa propre sensibilité ce texte fort. On  ne peut qu'adhérer à ce défi.
Présentée pour la première fois au 29° festival de Montpellier Danse au mois de juin 2009, puis au théâtre des Abbesses à Paris début septembre. Il sera à Aix en Provence du lundi 23 au 27 novembre : un spectacle, pour sûr, à ne pas manquer.

Isabelle Couillens

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