12-10-2010

Malgré ses cinquante ans de moyenne d’âge, le public venu voir Olive et Lou au Théâtre de la Fontaine d’Argent trépignait d’impatience à l’idée de voir le « duo décalé et loufoque » qu’annonçait la brochure distribuée à l’entrée. Ainsi mon antique voisin de rangée s’enthousiasmait que le concert du soir était « à guichets fermés ! ». La salle était en effet bien remplie, dans une atmosphère agréablement intime. Nous étions environ 150 à attendre le groupe, composé de quatre membres ce soir-là, avec la participation du trompettiste Christophe Mourat.
Et c’est malgré la bonne acoustique de la salle que la ringardise du groupe s’est imposée : rimes banales (« j’ voudrais qu’tu m’aimes, tous les jours de la semaine »), franchouillardise assumée (« J’prend un café en terrasse » sur fond d’accordéon), sketches agaçants entre deux chansons ; tout à contribué à réjouir les séniors et à faire bâiller les plus jeunes. Ce qui ne laisse pas d’intriguer, vu l’âge moyen des membres du groupe, environ 30 ans, et l’anticonformisme qu’ils semblent revendiquer. Lorsque Lou, la chanteuse, sort un martinet pour chanter le très sado-maso « Johnny, fais-moi mal », on se prend à espérer un grain de folie. Sensation qui retombe immédiatement avec l’enchaînement des titres plus banals les uns que les autres, aux noms terriblement insipides, de « Sur ma bouche » au catastrophique « Sous le figuier de Fredo ».
Une régression musicale
Mais tout n’était pas mauvais, loin de là. La force d’Olive et Lou réside pourtant dans la musique : les airs sont accrocheurs, les musiciens bons, les instruments variés. La chanson « Un peu moins cons », sorte de balade écolo à la manière du « Respire » de Mickey 3D, séduit par son rythme lent mais maîtrisé, la force de son refrain, l’émotion traduite par les musiciens. Une musique intéressante, donc, mais qui n’est absolument pas servie par les voix des deux chanteurs principaux, Olive et Lou. Lui chante juste, mais c’est tout. Elle à une belle voix, un peu à la Olivia Ruiz, mais sans l’étincelle qui pourrait faire décoller leurs compositions. Leurs reprises en sont le symbole fort : ce qui faisait de « Gaby », de Bashung, une chanson rock et originale devient par la patte d’Olive et Lou une chanson bien fade. Lorsqu’Olive entonne « Madeleine » de Brel, il lui enlève toute sa saveur. Seule une reprise prise de folie des « Petits Papiers » fera se lever Lou, rythmée par les « Hey ! » à la russe du public.
Lorsque le concert s’achève, au bout d’une heure et demie, le constat est amer : on a assisté à un retour en arrière de la chanson française. Quand Olivia Ruiz, Dionysos, Renan Luce et autres Camélia Jordana tentent d’aller de l’avant, de changer la tonalité ringarde qui colle souvent çà la peau de la chanson française, Olive et Lou, eux, ne sautent pas dans ce train en marche et font le choix de la régression. Le public est pourtant ressorti satisfait du spectacle, ouvrant à Olive et Lou une perspective de tournée qui pourrait leur rapporter gros : celle des maisons de retraites.
Pierre Millet