Miam-Miam, à déguster sans modération

24-11-2010

Miam-Miam, Edouard Baer

Et qu'est-ce qu'on a au menu?

Une scène vide. Puis deux acteurs qui s'improvisent entrepreneurs. Un client. Un deuxième client. Un théâtre qui se transforme en un restaurant à la mode. Pourquoi donc? La crise bien sûr! Pour rentabiliser l'espace (au rythme d'un spectateur par soir quelque peu narcoleptique, c'est nécessaire!) deux comédiens vont redistribuer les rôles. Seulement, pour donner l'eau à la bouche à un client pour le moins exigeant, il faut faire preuve d'imagination. Et faire confiance au hasard. Le lieu de représentation quotidienne devient lieu unique de dégustation atypique et les deux fusionnent alors pour jouer la comédie.

L'espace scénique est occupé dans sa totalité. Sous nos yeux les décors changent, rien n'est caché, tout est dévoilé. Jeux de langage et allusions se multiplient, on se demande alors où veut en venir la pièce. C'est la mise en scène elle-même qui répond à nos questions, devient illustrative et explicative. Le théâtre classique du Gymnase, ancien couvent, accueille à merveille cette pièce contemporaine. On aurait presque envie d'y rester cloitré..!

Une illusion comique à la Corneille? 

Toutes les formes de jeu se côtoient. Du théâtre dans le théâtre, c'est ce que la mise en scène d'Edouard Baer donne à voir. Les scènes s'emboitent dans de multiples tableaux A l'image du lieu, l'histoire est un mélange de genres. Le brio de la pièce consiste peut être en cette diversité: Les références vont d'Hugo à de Gaulle, rythmées par  un air de kalinka ou encore un morceau de guitare rock and roll. Sans oublier Papinou le cochon, un des personnages phares de la pièce! Même les marionnettes sont de la partie. Grâce à cette fusion des arts, la pièce revêt des airs de cirque, de chorégraphie, de comédies musicales et même de music hall. Le restaurant devient l'espace où la fusion des arts est possible. Surprenant? Oui, mais la mise en scène n'en perd pas pour autant sa crédibilité, car même si elle semble prendre des directions divergentes, tout se tient et fait sens. Novatrice, unique en son genre, même les costumes détonnent : du cuisinier au serveur jusqu'à la fraise et même la côte de bœuf, le mélange est surprenant, et réussi !

Loufoque, Edouard Baer joue sur la dérision des clichés français et des questions auxquelles est confrontée notre société (chauvinisme, politique d'immigration). Fort de son éloquence, il excelle dans l'art du monologue, alors que le jeu inimitable des autres acteurs comme Lionel Abelanski, Atmen Kelif, Philippe Duquesne, Diane Bonnot ou Alka Balbir, qui consiste en un débit de parole affolant, procure l'hilarité chez le spectateur qui en vient à oublier ce qu'on est entrain de lui dire.

Dans la salle, les éclats de rire se font écho et les spectateurs deviennent complices d'un jeu dans lequel ils sont pris à leur insu. Ils appartiennent à leur tour à cette population bigarrée, quelque peu loufoque aux airs des Monty Python, qui se posent les questions essentielles de notre époque. Les gais lurons n'engendrent pas la mélancolie et donnent un bon coup de fourchette là où le sujet est sensible.

Un petit creux? Allez voir Miam Miam, c'est tellement bon! Et vous ne resterez pas sur votre faim.

Jusqu’au 10 mars au théâtre Marigny-Robert Hossein, Paris-8e.). A l'affiche du prochain film de Marc Esposito, Mon pote et élu Parisien 2010 par les internautes du Figaro, Edouard Baer n'a pas fini de nous surprendre.

Florence Giroux

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