Mélanie Laurent : meilleure réalisatrice que chanteuse

02-12-2011

adoptés

Après un album raté qui a attisé de violentes critiques et des rôles à répétition (bon et moins bon), c’est en tant que réalisatrice que Mélanie Laurent s’essaye pour la première fois. On se rappelle de son rôle dans « Je vais bien ne t’en fais pas » de Philippe Lioret, drame familial où elle tient le rôle principal, qui fut apprécié des spectateurs, même s’il a parfois été qualifié de plat. Pour d’autres cinéphiles, son rôle dans Inglorious Basterds n’a fait qu’envenimer leurs réticences voir leur défiance face à l’actrice.

Les Adoptés, c’est le premier long métrage de la jeune comédienne française de 28 ans, qui s’improvise réalisatrice. Cela fait près de cinq ans qu’elle planche sur ce projet, entre deux tournages. On pourrait parler d’une première prestation timide. En réalité, cette comédie dramatique est plutôt réussie, même si la maladresse du débutant reste perceptible.

Une histoire de famille

C’est l’histoire de trois femmes, deux sœurs, Marines et Lisa, et leur mère Millie, qui vivent dans un monde où les hommes sont à bannir, si ce n’est le fils de Lisa, le petit Léo incarné par Théodore Maquet-Foucher. Elles s’aiment, elles s’engueulent, elles s’ennuient, elles sont complices, elles rêvent, elles vivent. Et c’est à ce moment que Marine, rencontre un homme dans sa librairie, Alex. Et quand je dis un homme, c’est un vrai, viril et protecteur ! Tout les oppose, elle aime la littérature, lui n’a jamais ouvert un livre de sa vie. Elle a peur de s’engager, lui voit un avenir avec elle. Mais l’amour reste vivant.

Lisa observe cet amour. Elle se sent délaissée, elle qui n’a pas connu d’hommes dans sa vie depuis des années. Elle accuse Marine de faire passer son couple avant tout. Millie, elle, passe son temps au bar à fumer cigarettes sur cigarettes et à siroter des whiskies.

Mais un jour, tout bascule dans le flou. C’est l’accident. Marine est plongée dans un coma profond alors qu’elle est enceinte de trois mois. Et les personnages sont plongés dans la tourmente, mêlant attente et douleur sans pour autant se morfondre lamentablement. Une touche d’humour rend se drame plus léger, comme si la vie continuait. Parfois, le désespoir reprend le dessus, et les larmes et l’alcool coulent à flot.

Un film honorable

Certains penseront que ce premier film est un cliché, passant du rire aux larmes, de la comédie au drame familial. Mais Mélanie Laurent parvient à tirer sa carte du jeu en ne plongeant justement pas dans le stéréotype du drame. Même si parfois le jeu des acteurs est un peu excessif, la jeune réalisatrice tente de faire de cette situation la plus réelle possible. Elle ne fait en aucun cas un récit autobiographique et là est toute la difficulté : retracer les sentiments d’une telle situation. La sensibilité des dialogues, la place de la musique, même si elle est moindre, reste intense, en opposition avec les silences lourds qui entourent le drame.

Mélanie Laurent signe donc un film plus qu’honorable pour un baptême du feu dans le monde de la réalisation. Même si ce n’est pas la surprise cinématographique de l’année, elle n’a pas à rougir de sa performance. Quoiqu’en ce qui concerne la musique, elle ferait mieux de garder sa voix pour donner la réplique à ses comédiens.

Jennifer Chainay

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