17-10-2011
Cette exposition, proposée en entrée libre, recèle de nombreux trésors inestimables. Des trésors pourtant accessibles à tous. En effet, avec l’objectif de faciliter l’accès au savoir, la cité du livre a placé son exposition à l’entrée de la bibliothèque jeunesse. De plus, une visite guidée gratuite est proposée deux fois par semaine, rendant la vie ce qui peut apparaître ennuyeux à certains. Au-delà de l’apprentissage des techniques de l’imprimerie, c’est la contemplation du produit fini qui interpelle. Présenté dans une dizaine de vitrines, nous contemplons cinq siècles. Ces ouvrages qui ont traversé le temps ne laissent pas les amateurs d’histoire indifférents, qui se retrouvent totalement immergés dans les chefs-d’œuvre présentés (mention spéciale aux livres sur les fêtes majestueuses de Louis XIV ou encore au premier livre issu de l’imprimerie royale, « L’imitation de Jésus-Christ »). Les visiteurs admirent ici des objets d’une grande rareté, avec notamment la présence de poinçons classés au patrimoine national et qui ne sont que très rarement exposés (pas même lors des journées du patrimoine).
A travers cette remarquable exposition apparaît les motifs et les enjeux des différentes avancées techniques. Les tout débuts de l’imprimerie en France, sous François Ier, voit la création de poinçons grecs (qui ont nécessité dix ans de travail) car l’humanisme qui prévalait à l’époque requiert un retour aux sources. Quatre livres grecs sont exposés avec trois corps de poinçons différents. Nous ne sommes alors qu’aux balbutiements de la technique, qui va nourrir l’obsession de réaliser une lettre parfaite pendant plusieurs siècles. On assiste ensuite à la création de l’imprimerie royale sous Louis XIII, dans un but de propagande royale et de diffusion des écrits politiques et religieux, « L’imitation de Jésus-Christ » en est d’ailleurs le symbole. A mesure que nous avançons dans la pièce, nous nous déplaçons dans le temps. Très vite, les poinçons se diversifient (taille, matière, caractère) et laissent apparaître une grande diversité de livres et surtout de langues. Ainsi, des caractères orientaux et chinois sont développés, entre autres, afin de permettre un resserrement des liens économiques avec ces nouveaux partenaires. La vitrine consacrée aux buis du régent présente d’ailleurs un magnifique dictionnaire franco-chinois, qui recense 86 000 caractères. Les dernières vitrines en présentent aussi de nouveaux (on retrouve des poinçons tibétains et cunéiformes) mais avec l’objectif de mieux comprendre les populations découvertes suite aux voyages scientifiques de La Condamine ou de La Pérouse. De plus, l’imposant livre sur l’expédition d’Egypte est à couper le souffle (gravure colorée, magnifiques frontispices). La visite se termine par une version de 1855 de L’imitation de Jésus-Christ, comme pour boucler la boucle.
Finalement, une heure de visite peut paraître bien long pour treize vitrines mais la beauté des objets présentés et la qualité de l’intervenante nous plongent complètement dans l’histoire pour autant, il est vrai, que le visiteur s’intéresse un minimum à l’histoire. Alors, pour tous les amateurs, foncez !
Carole Mistral