17-11-2011
Le monde politique est-il véritablement dénué de toute forme de morale ?
La question a traversé les siècles et le nôtre, qui se croit plus civilisé que les précédents, n’y échappe pas.
Trouver une réponse est une gageure, un pari difficile qui est celui du célèbre acteur américain, Georges Clooney, dans son dernier film « Les marches du pouvoir » (« The Ides of March »).
Ce film politique « à l’américaine » sort pourtant des ornières tracées par certains de ses prédécesseurs. Nous sommes loin des scénarios mal tissés, ou les fils se décousent grossièrement, au fur et à mesure que les indigentes scènes d’action prennent le dessus sur la réalité.
Bien au contraire. Les marches du pouvoir nous plonge dans une atmosphère bourdonnante : celle d’une campagne électorale des primaires américaines démocrates. Le film, bien que fictif, mettant en scène des personnages qui n’ont aucune ressemblance avec quelque homme politique américain que ce soit (sauf peut être le teint extra-bronzé de Georges Clooney ?), nous immerge, sans nous noyer et c'est cela sa force, dans cette campagne qui prend dès le début une tournure et une importance toute autre. Dans les premières minutes on apprend que le parti républicain, divisé et désorganisé, ne pourra faire face au candidat démocrate prochainement désigné. Ce n’est donc plus une banale primaire mais d’ores et déjà une élection présidentielle, et pas des moindres : celle du futur « Président of the United-States of America ».
Tentant de remporter l’élection décisive de l’Etat de l’Ohio, le gouverneur candidat Mike Morris (Georges Clooney) est mis sous le feu des projecteurs. Tout autant que ses deux plus proches conseillers, à la fois chefs de campagne, Paul Zarra, interprété par Philip Seymmour Hoffman, et Stephen Meyer, joué par Ryan Gosling.
L’histoire de ce dernier est celle du film. Brillant et charismatique, on s’attache à ce personnage qui, tenté de passer dans l’autre camp, celui du directeur de campagne opposé, Tom Duffy (Paul Giamatti), et confronté à l’effondrement de sa carrière, manœuvrera tel un virtuose pour remonter les marches du pouvoir et peut être, ce que laisse suggérer la fin, atteindre la plus élevée.
La politique : une nouvelle naissance
Georges Clooney, en tant que réalisateur cette fois-ci, ne cède pas à la facilité de révéler le visage sombre et fourbe du monde politique que les coups bas de ses acteurs avilissent trop facilement. Non. Le film tâche de montrer à travers le personnage de Stephen Meyers que si ce n’est pas les politiques qui sont mauvais, la politique, elle, les pervertit. Dans cet univers, si le garçon veut devenir homme il doit tuer, comme jadis Romulus tua Remus pour fonder Rome afin de lui donner la grandeur qu’on lui connait et dont l’histoire peut témoigner. C’est ce que fera Stephen en faisant renvoyer Paul Zarra. La loyauté de ce dernier, qu’il brandissait comme un étendard, et faisait selon lui sa force dans le milieu, le perd et scelle sa mort politique.
Le réalisateur montre donc que les meurtres « politicides » ne se réduisent pas à de simples actes reflétant la noirceur de l’âme humaine, en témoigne la phrase prononcée par le jeune Stephen : « J’irai jusqu’au bout et ferais tout ce qui est en mon pouvoir, uniquement si je crois à la cause ».
Le message en filigrane n’est-il pas que l’homme qui veut porter et imposer ses idées, auxquelles il croit profondément, doit délaisser, sur les chemins qui précèdent celui de la politique, son innocence et sa bonté ? Ce qui apparait alors comme des coups d’une monstruosité « inhumaine » sont en fait justifiés par une croyance intrinsèque en un projet, qui ne peut être porté que par un combat à mort, dans ces bois politiques où poussent grandeur et décadence.
Ainsi Georges Clooney, acteur comme réalisateur, rejoint le sens de la célèbre phrase de Malraux : « On ne fait pas de politique avec de la morale, mais on n’en fait pas sans ».
Arrighi Thomas