23-11-2010
Portrait
12 août 1988. Basquiat meurt seul d'une overdose, dans son appartement à Soho. L'héroïmane laisse derrière lui quelques 1000 toiles et 2000 dessins. Retour sur le parcours aussi bref que fulgurant d'un virtuose du street art: précoce, rebelle, maudit.
Au début des années 80, ère du reaganisme rigide et conservateur, New York connaît l'effervescence d'une mouvance artistique nouvelle. On la dit « underground » parce que, d'abord en sous–sol, elle permet à une scène jeune, créative et fauchée de s'exprimer librement. Dans un contexte généralisé de transgression sonore, visuelle et littéraire des graffs d'un genre nouveau s'installent sur les murs de Brooklyn. Signés SAMO - « same old shit » - ils interpellent, symboliques et contestataires, le chaland new–yorkais. Derrière ce blaze, Jean–Michel Basquiat, jeune afro rêveur né d'une mère d'origine porto-ricaine et d'un père haïtien, qui a décidé de quitter le cocon familial pour vivre de son art. Ventes de cartes postales dans la rue, rencontres et soirées au Mudd Club (lieu alternatif où se côtoient les figures émergentes de la « contre-culture ») révèlent progressivement l'artiste, seul ou accompagné de sa « team » (Al Diaz, et d'autres membres de son groupe de musique bruitiste Gray etc...). En témoigne un article paru le 11 décembre 1978 dans l'hebdo The Village Voice, premier à consacrer un papier aux graffitis SAMO.
Voitures, frigo, portes, fenêtres arrachés à l’espace urbain, tout est, selon lui, support à l'expression. Le rasta quitte le spray pour peindre ce qu'il croise chaque jour : avions, voitures, silhouettes humaines. Avant-gardiste, il sait s’inspirer de grands noms de la peinture classique (comme Picasso) pour créer ses propres codes, son propre langage artistique. Repéré par de nombreux collectionneurs et marchands, ses toiles passeront de 200 dollars à 14.6 millions de dollars pour Untitled vendu chez Sotheby’s, en 1981.
Porte-voix d’une certaine négritude, comme Senghor ou Césaire quelques années auparavant, il dépeint dans ses toiles la difficulté d’être noir, complainte d’une civilisation « brimée », quotidiennement soumise aux injustices.
En 1983 il rencontre Andy Warhol, véritable coup de cœur dans la vie comme sur la toile qui se concrétisera par la co–réalisation d’une quinzaine d'œuvres. La mort du pionnier du Pop Art quatre ans plus tard bouleverse le jeune artiste qui se réfugie dans la drogue. Abîmé, affaibli, Basquiat continue de peindre entre ses aller–retour à Haïti et ses tentatives de désintox. Un « man dies », cavalier de la mort, rôde désormais sur ses toiles. Signe avant coureur de la descente aux enfers ?
Rarement un artiste aura connu une ascension aussi rapide. Aux cotés de Charlie Parker et Ray Robinson, il fait désormais partie du panthéon des Noirs célèbres. Parti de rien, Basquiat est l’image d’une époque, celle d’un Underground dream new yorkais dans lequel poésie et révolte ont défié, à travers l’art, la condition humaine.
Rétrospective au Musée d’Art Moderne de Paris, A voir aussi : The Radiant Child, de Tamra Davis