29-11-2011
29 juin 1967. Une route de Louisiane, la 90. Nuit noir, épais brouillard. Une voiture, un camion à l’arrêt, un accident. Dans la carcasse détruite de la Buick modèle 1957, une star : Jayne Mansfield. Une actrice, un mythe, une mort tragique.
C’est autour de cet événement que Simon Liberati (L’Hyper Justine, prix de Flore 2009) construit son récit. Alors qu’un attroupement se forme à proximité de la carcasse de la voiture, l’auteur s’attarde sur chacun des protagonistes de la scène, dépeignant parfaitement la société américaine des années 60. Puis, en fixant tour à tour notre regard sur les enfants évacués par les secouristes, sur le chihuahua échappé du tas de tôle avec la patte en vrac, ou sur la star défigurée par la violence du choc, il retrace la vie du sex-symbol, l’une des premières victimes du « star-system » hollywoodien.
Grâce à un énorme travail de documentation (qui lui a valu d’être récompensé du prix Femina 2011), l’écrivain nous emmène sur les pas de la controversée Jayne Mansfield ; il décrit son entourage, son univers, tente d’expliquer la trajectoire d’une actrice montée au firmament de la gloire dès ses premières apparitions sur le grand écran, avant d’être rapidement délaissée par les réalisateurs et condamnée aux navets. Toujours neutre, il analyse aussi son basculement vers la presse à scandale, son goût immodéré pour le sexe, l’alcool, la drogue, et sa dérive sectaire vers l’Eglise de Satan.
Plus qu’une biographie, Simon Liberati nous esquisse, tantôt en surface, tantôt en profondeur, le portrait d’une femme en décalage total avec son époque, une pin-up focalisée par la lumière des médias à tout prix qui, à l’image de Marylin Monroe, avait un goût sans égal de la provocation. A seulement 34 ans, Jayne Mansfield est partie brutalement, devenant une icône alors que son comportement –parfois à l’extrême limite du pathétique– aurait pu l’effacer de la mémoire collective…
Alors que les scandales ou les disparitions spectaculaires (Lady Diana, Amy Winehouse, Britney Spears pour ne citer qu’elles) s’affichent désormais sans cesse en une des magazines people, Simon Liberati redonne vie à cette icône unique d’une époque révolue, pour que jamais plus elle ne soit oubliée.
Sylvain Moreau
Jane Mansfield 1967, de Simon Liberati
Editions Grasset (196 pages)
Prix Femina 2011