16-11-2011
François (François Cluzet), aristocrate parisien, la quarantaine, est devenu tétraplégique à la suite d'un accident de deltaplane. Driss (Omar Sy), voyou Noir de banlieue, la vingtaine, multiplie les entretiens d'embauche dans l'unique but de toucher les Assedic. Deux hommes que tout oppose. Pourtant François, à la recherche de changement et d'une aide à domicile, embauche Driss. C'est le début d'une cohabitation tumultueuse, joyeuse, pleine d'émotions. Deux univers se mêlent, s'enlacent et ne semblent plus pouvoir se séparer. La haute bourgeoisie, la pudeur et l'amour épistolaire rencontrent la misère des quartiers, l'extravagance et les masseuses thaïlandaises. Une amitié se créée entre verlan et verve soutenue.
Driss fait connaître les vertus du joint et de la cigarette à François. François transmet sa passion du grand air à Driss, lors d'une séance de deltaplane hilarante. Leurs activités folles et pleines d'humour s'enchaînent « sans pitié ». Le handicap de l'un ou la misère de l'autre ne sont pas pris en compte. D'égal à égal.
Entre art et vanne
François est immobilisé du haut du cou jusqu'à la pointe des orteils. Il ne sent rien. Seule sa tête est en activité. Et par elle, son esprit. Alors, les arts tiennent une grande place dans sa vie. La musique, les Belles lettres et l'art plastique. Des images qui lui permettent de s'élever, d'imaginer et de sentir les choses. Le « tétraplégique riche » peut ainsi jouir d'une passion qui lui coûte plusieurs milliers d'euros. Ce que Driss ne comprend pas. Le seul art qu'il maîtrise, lui, c'est l'art de la vanne. Pourtant un soir, inspiré dans sa chambre, il peint. Complice, François va piéger ses amis amateurs de nouveaux talents. Un leurre qui va rapporter gros, tout en célébrant l'Art.
Un entourage exclusivement féminin
Si les visages qui composent l'affiche du long-métrage sont masculins, les femmes ne sont pas pour autant exclues de l'intrigue. Au contraire, les personnages périphériques sont essentiellement féminins. Les assistances personnelle, médicale, administrative de François appartiennent toutes au sexe faible. Et son seul enfant est une adolescente en crise. Elles sont essentielles à son équilibre physique et moral. On notera le rôle d'Yvonne la sarcastique, confidente et dévouée merveilleusement servie par Anne Le Ny. Quant à Driss, c'est à sa mère et sa sœur qu'il accorde le plus d'importance. Certaines scènes font d'ailleurs tomber le masque du clownesque personnage repris de justice. Très protecteur avec elles, Driss se montre sensible et touchant en leur présence. Occasions au cours desquelles Omar Sy étonne en véritable acteur, bien loin de l'unique rôle du SAV de Canal+ habituellement endossé. Agréablement surpris, le spectateur ne peut que saluer cette performance.
De Vivaldi à Earth Wind and Fire
Déjà, avec « Nos jours heureux » et « Tellement proches », Olivier Nakache et Eric Toledano avaient clairement affiché leurs goûts musicaux. « Intouchables » marie avec succès et non sans humour, la musique classique au rythme banlieusard. Alors que Les quatre saisons emportent François, le chef d'oeuvre de Vivaldi n'est qu'une musique d'attente téléphonique pour Driss. Dans une course poursuite, les deux personnages chantent à tue-tête September du groupe Earth Wind and Fire. Mais la scène d'anniversaire de François reste sans doute le meilleur souvenir du film. L'acteur Omar Sy y dévoile un déhanché et un sens du rythme déconcertant et terriblement drôle sur les notes de Boogie Wonderland du même groupe américain.
Par cette catégorisation musicale, entre autre, le cliché est parfois menaçant. Mais le film reste une belle leçon de vie. Les rires des acteurs sont contagieux, tout comme ceux de la salle comble, et de ses spectateurs qui affichent un large sourire à la sortie. En ces temps d'exclusion sociale, « Intouchables » réunit et rassemble. Enfin, comment ne pas faire un film émouvant lorsqu'on raconte cette relation humaine « inspirée d'une histoire vraie » bouleversante. La sensibilité guette le spectateur dès lors très peu... intouchable.
Anne-Sophie Bernadi