12-04-2010
La salle est plongée dans le noir. Une lumière rasante balaie la scène laissant deviner des formes sombres. Plus ou moins imposantes, constellées de reflets brillants comme si elles étaient parsemées de diamants. On se met à imaginer de manière inquiétante des corps humains contorsionnés par la douleur, ou avachis dans une posture morbide.
Une musique forte éclate, choquant violemment les tympans, indéterminée comme le spectacle lunaire qui s’offre à la vue. Le spectateur est alors plongé dans un abîme angoissant sans lien avec la réalité et sans aucun repère.
Une femme surgit, démarche mécanique, et fait mine de chanter à un micro installé au coin de la scène. Très vite elle quitte cette place, retire ses chaussures à talons et va s’enchevêtrer sur une des silhouettes au sol. La musique s’emballe assourdissante, l’atmosphère devient étouffante. Sur le sol, la danseuse se meut, alors qu’une forme du fond avec un costume noir et luisant se dresse. Un être humain en chair et en os commence à danser, rejoint sa partenaire. Tous les deux démarrent un pas de deux, qui culmine dans porté « énergique ».
Le décor évolue. Un gigantesque mobile décolle du sol pour s’arrêter à un mètre de hauteur. La musique est omniprésente, entêtante, voire exaspérante.
La chorégraphie se poursuit, plus vive, plus oppressante. Ils tournent autour de ce mobile central, prennent à parti le décor chaotique et vide.
Arrêt brutal. La musique s’atténue. Plus rien ne bouge. C’est la fin. La lumière revient. Le spectateur sort de la transe dans laquelle la mise en scène l’a fait plonger. Il se reconnecte à la réalité. Pendant les trente minutes de spectacle, il a été immergé dans la projection que le chorégraphe et danseur Christian Ubl a créé pour représenter l’âme humaine, peut être celle d’un artiste comme lui. Il s’agit d’une âme tourmentée, animale, comme si ce personnage noir qui emporte la jeune artiste était une représentation d’un « Ça » freudien.
En poussant plus loin l’interprétation, cet être peut aussi être un souffle de vie qui anime l’humain, ou encore l’ambivalence de la vedette en tant qu’Homme et en tant qu’interprète.
Le geste n’est pas linéaire et fluide, mais tourmenté. Ce n’est pas un ballet classique, mais une lutte contemporaine, représentée à travers les états de conscience de l’artiste lui-même.
Isabelle Couillens