Croisez leurs regards

02-12-2011

photaix

Du 19 octobre au 30 novembre, le musée des Tapisseries, à Aix-en-Provence, se transforme en musée de la photographie. A l’occasion de la onzième édition du festival Phot’Aix, l’exposition Regards croisés dévoile les œuvres de photographes étrangers et locaux. Cette année, la sélection rend visite à nos amis les Helvètes. Une sélection Suisse-Provence. Notre regard a croisé le leur.

Après avoir gravi les magnifiques escaliers du musée et traversé deux salles tapissées - pas très étonnant dans un musée des Tapisseries ! -, une pièce excentrée s’ouvre dans la profondeur. De hauts murs blancs arborent des photographies simples et harmonieuses. Chaque artiste occupe une parcelle du mur et tous se côtoient. Sans doute pour permettre que les regards se croisent.

Une exposition inspirée

La collection « Réserves » de Suzanne Hetzel est la première à captiver l’oeil. Quelques photographies, simplement accrochées au mur, décrivent le fouillis d’un appartement.

En face de ces « réserves », Philippe Leroux nous livre une collection très inspirée. L’artiste retrace une histoire familiale de façon très originale. Ses photographies sont exposées par paire. La Nature et l’Homme communient. Une femme en robe fleurie trouve une correspondance dans une branche d’olivier. Comme si l’artiste souhaitait faire le portrait de l’un à travers l’autre.

Vanessa Puntaner, l’un des artistes suisses de l’exposition, dépeint des portraits de bergers isolés dans les montagnes de Suisse centrale. L’objectif de l’appareil tente tant bien que mal de capturer leurs regards égarés. Rien à voir avec la famille Davis. Chapeaux de cowboys, paysages secs, ranchs. Dans cet Outwest de Christian Lutz, les cow-boys éclipsent les bergers. Reste à déterminer le vainqueur de ce face à face mural.

Deux autres artistes ont choisi de mettre en avant le thème de la corrida. Meyer nous fait voyager en Camargue. Un voyage écourté pour le taureau de l’une des photographies. La tête en bas, le sang coulant de sa gorge, il est la triste victime de la corrida. François Shaer a, quant à lui, décidé « photographier les coulisses de cette tradition » au Mexique. L’ardeur des toréadors photographiés s’est évanouie. Ils sont habités par la fatigue. L’art de capturer l’épuisement.

Noir et blanc versus couleur

L’ambiance n’est plus la même dans la pièce suivante. Les « lieux de pouvoirs » de Luca Zanner pétillent. De vastes amphithéâtres et salle de conférences aux formes géométriques et aux couleurs criardes. Il est rare de voir dans une même salle des rangées de chaises rouges surplombant des sièges verts. Pouvoir ne veut pas dire blafard. De l’autre côté du mur, les paysages naturels en noir et blanc de Richard Petit sont en total contradiction. Son « cheap land » dépeint la pureté du monde végétal. La volonté de l’artiste était de « réaliser des icônes profanes où le sacré brillerait par son absence ».

Végétaux, paysages, familles, individus, architectures, tout peut être photographié. Seul le regard change. Surtout quand il en croise un autre.

Ariane Riou

Revenir