Björk-philie

14-10-2011

bjork

Après deux ans d'attente, l'artiste islandaise de renommée internationale, Björk, revient enfin avec un nouvel album. Biophilia, « suite logique de Volta », est sorti le 10 octobre. Mais, bien plus que le huitième album solo de la chanteuse, Biophilia est avant-tout un gigantesque projet créatif qui se décline à plusieurs échelles et dans plusieurs domaines.

Biophilia, c'est une exploration de la musique, une découverte que Björk nous invite à faire. Par la musique elle-même, bien-sûr, mais également (et c'est là le fait notable) par une tournée-résidence et donc plusieurs dates dans une même ville. De plus, l'artiste, en parallèle de concerts déjà futuristes et titanesques, propose des ateliers ludiques de découverte de la création musicale. Bien loin de l'académisme des Conservatoires, Björk met à la portée du public les mystères et les clefs de sa conception de la musique au travers d'ateliers de musicologie et de découverte d'instruments conçus exclusivement pour ses concerts, comme la harpe de gravité. Rendre accessible la création musicale afin que le public puisse la découvrir, la comprendre pleinement, mais aussi  la redéfinir et la disséquer, c'est le but principal d'une tournée via huit grandes villes du monde qui durera trois ans. Les dates de passage et les villes concernées ne sont pas encore connues, mais après un passage à Manchester (où le projet a été dévoilé au public) et Reykjavik, on peut espérer que l'Islandaise fera un passage par Paris.

Rendre accessible et redéfinir la création musicale, il semble que c'est aussi l'objectif du développement d'applications « Biophilia » pour iPads et iPhones. L'album et le spectacle ont été intégralement conçus sur tablette graphique, mais Björk a eu l'idée de créer des applications qui permettront d'ouvrir son œuvre musicale à l'interactivité, dans une dimension numérique. En effet, le public, par ces applications, pourra, entre autres, jouer avec la musique, la recréer ou tout simplement l'écouter. Par exemple, l'application « Virus » vous permet de lutter contre la contamination d'une cellule. Cependant, vous ne pouvez écouter pleinement la chanson que si cette contamination s'opère. Au moyen de ces applications, Björk sacralise la numérisation de la musique, faisant de son œuvre une création infinie, perpétuée par son public.

L'infini et la création. Deux termes et tout un univers. C'est de cette manière que l'on pourrait résumer ce dernier album. Biophilia (« amour de la vie »), c'est une célébration des puissances créatrices que sont la nature, la musique, la technologie et l'amour. La voix de Björk nous transporte ainsi de l'infiniment grand (Moon, Cosmogony, Solstice) à l'infiniment petit (Cristalline, Virus, Dark Matter) pour un parcours de la création. S'y révèlent toutes les tensions de la musique de l'artiste islandaise, avec sa voix élastique, imprégnée de mysticisme tout aussi capable de force et d'éclat que de légèreté et de douceur. « Quand j’étais petite, je marchais dans la nature et j’entendais la musique secrète de la pluie, du blizzard, de la lave, de la mousse », confie-t-elle aux Inrocks. « Avec les tablettes tactiles, la façon dont je fais de la musique ressemble plus à ce que j’imaginais quand j’étais enfant. J’ai attendu cette technologie toute ma vie ». La composition avec des instruments numériques a une place primordiale dans la composition de ce nouvel opus. L'accompagnement musical participe à l'élaboration de cette puissance mystique et porteuse : notons la contribution de Graduale Nobili, une chorale islandaise présente sur l'ensemble de l'album, Matt Robertson pour les lives ou Leila Arab, son amie anglaise, au mixage. Les chœurs et l'instrumentation développe une atmosphère aérienne, presque anti-gravitationnelle. Un véritable voyage à la découverte du cosmos : tel est l'enjeu de ce concept-album prégnant, audacieux et innovant.

Guillaume Joulaud

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