Arcade Fire, quand le bordélique devient magique

19-01-2011

arcade fire

C’est au Dôme de Marseille, salle réputée pour sa mauvaise acoustique, que l’on retrouve le groupe canadien pour le premier de leurs deux concerts suivant le passage dans la capitale. Une demi-heure avant l’entrée en scène de la première partie, la fosse grandit au fur et à mesure, constituée de jeunes assez lookés entre vingt et trente ans. Un public  impatient, éclectique, enthousiaste pour accueillir notre troupe de huit musicos, que demander de mieux ?

20h30, pour l’échauffement de la salle, le premier groupe est au rendez-vous, et dans les temps. Place à Fucked Up, groupe de Toronto, six membres : trois guitaristes, une bassiste, un batteur et le frontman, Damian Abraham. Le premier morceau est lancé. L’instrumental est là, une véritable énergie du côté des deux Gibson SG, une rythmique et une soliste, en bref, une intro fracassante. Au bout des trente premières secondes, Damian nous offre ses performances vocales… c’est là que toute la première partie de notre show tant attendu tombe à l’eau. Le « qu’est-ce que je fais là » nous prend soudainement, on ne s’y attend pas, mais il est malheureusement présent. Fucked up, ou quand l’instrumentalement intéressant laisse place au vocalement désespérant. Le public le ressent et voit mal le rapport avec le groupe attendu. Malgré de piètres tentatives de la part de notre chanteur gueulard pour émoustiller la foule (passages torse nu dans la fosse), notre groupe sort difficilement de cette surprenante mascarade. Une sorte de mise en valeur pour Arcade Fire, comme un comparatif de la Bérézina et d’Austerlitz.

 

Place aux vrais

Trente minutes de souffrances pour laisser place aux préparatifs des Arcade Fire. Un alignement de micros improbables, deux batteries, deux synthés, quantités d’instruments à cordes. a y est : l’Arcade’s modjo est en place.  La lumière se tamise pour laisser place aux cris et sifflements du public. Nos huit joyeux lurons canadiens s’installent sur scène, chacun derrière son instrument : « en avant Guingamp ! » s’exclame un voisin de fosse. En entrée, un « Ready to start » (de leur dernier album) efficace, l’auditoire commence à chauffer et à se dandiner en rythme.  Le concert continue, les artistes enchainent sur « Month of May », l’ambiance monte d’un cran. On a l’impression d’entendre un certain Bruce Springsteen chanter avec les Queens of the Stone Age, surtout sur l’entrée explosive de la basse et du synthé Kong au 2ème couplet. Les leaders du groupe ne s’atermoient pas à sortir du lot. Régine Chassagne, seule francophone de la troupe ne tarde pas à s’exprimer dans la langue nationale, pour notre plus grand bonheur. Véritable boute-en-train, sa présence sur la scène est énorme, sa frénésie, son enthousiasme, son entrain : Régine n’est pas là pour vendre des chapeaux, et c’est peu de le dire.

Le groupe se fait plaisir en mélangeant différentes influences parfois très eighties, le son des synthès se mêlent très naturellement aux instruments traditionnels. A ces performances musicales s’ajoutent des voix de qualité, les passages « en chœur » du groupe donnent la chair de poule. Chaque morceau est attaqué sous un angle différent, et les musicos ne restent jamais bien longtemps sur le même instrument. C’est cette diversité qui fait  la force d’Arcade Fire.

Après une heure et demie de pure jubilation auditive et des litres de transpiration, la bande nord-américaine semble terminer sa représentation sur un mémorable « Rebellion » (Richard Parry ira même jusqu’à descendre dans la fosse avec sa demie-caisse). Fausse impression, il faudra peu de temps pour que le rappel de l’assemblée du Dôme fasse effet. Après tout, c’est la moindre des choses.  Et c’est reparti pour réellement se finir sur un  « Wake up » épique et grandiloquent. « La prochaine fois, on ne mettra pas autant de temps à revenir à Marseille » nous confie Régine à la suite du traditionnel remerciement du public. Dans ce cas là, à bientôt Arcade Fire !

 

Arnaud Bouju

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